Les travailleurs migrants dans les exploitations agricoles de Chtouka Aït Baha entre précarité et mobilisation syndicale
Au cœur des vastes exploitations agricoles de Chtouka Aït Baha, où les serres agricoles constituent un véritable moteur économique alimentant les marchés nationaux et européens en fruits et légumes, des centaines de travailleurs migrants originaires d’Afrique subsaharienne travaillent chaque jour dans des conditions souvent difficiles, partagés entre l’espoir d’une vie meilleure et une réalité marquée par la précarité.
Avec le développement considérable du secteur agricole dans la région de Souss-Massa, la main-d’œuvre migrante est devenue un maillon essentiel de la chaîne de production agricole, notamment dans les activités de récolte, d’emballage, d’irrigation et d’entretien des cultures. Plusieurs observateurs soulignent que de nombreuses exploitations dépendent désormais fortement de ces travailleurs qui contribuent activement à maintenir la production et les exportations agricoles.
Mais derrière cette dynamique économique se cache une réalité plus sombre. De nombreux travailleurs migrants font face à des conditions de travail éprouvantes : longues heures sous de fortes chaleurs, accès limité à la protection sociale, difficultés liées au logement décent, sans oublier les problèmes administratifs ou la peur permanente de perdre leur emploi.
Plusieurs travailleurs ignorent également leurs droits ou les mécanismes de recours existants, notamment à cause de la barrière de la langue et de leur vulnérabilité économique, ce qui les expose davantage aux abus et à l’exploitation. Les femmes migrantes employées dans les exploitations agricoles rencontrent, quant à elles, des difficultés supplémentaires liées aux salaires, au transport et aux conditions d’hébergement.
Face à cette situation, les trois principales centrales syndicales marocaines — Union Marocaine du Travail, Union Générale des Travailleurs du Maroc et Confédération Démocratique du Travail — ont renforcé leurs actions en partenariat avec Organisation internationale du travail afin de promouvoir les droits des travailleurs migrants et d’encourager les principes du travail décent au Maroc.
Ces initiatives comprennent des campagnes de sensibilisation, des ateliers de formation et des actions d’information destinées aux travailleurs migrants afin de leur faire connaître leurs droits fondamentaux : contrats de travail, couverture médicale, affiliation à la sécurité sociale, protection contre la discrimination et lutte contre les abus professionnels.
Les syndicats, avec l’appui de l’Organisation internationale du travail, œuvrent également à rapprocher les services d’accompagnement juridique et social des travailleurs migrants à travers des espaces d’écoute, d’orientation et d’assistance aux victimes de violations professionnelles. Ils encouragent aussi l’adhésion syndicale comme moyen de défense collective des droits et d’amélioration des conditions de travail.
Dans les zones agricoles, notamment à Chtouka Aït Baha, cette dynamique vise également à instaurer un dialogue avec les exploitants agricoles et les employeurs afin de renforcer le respect des normes du travail décent et de promouvoir l’égalité des droits entre travailleurs marocains et migrants, conformément à la législation nationale et aux conventions internationales.
Pour les acteurs associatifs et les défenseurs des droits humains, ces efforts représentent une avancée importante vers une meilleure intégration économique et sociale des migrants. Toutefois, plusieurs défis demeurent, notamment en matière de contrôle des conditions de travail, de transport, de logement et d’accès effectif à la protection sociale.
Entre les champs fertiles qui génèrent richesse et croissance économique, et les mains migrantes qui participent quotidiennement à cette production, la question reste entière : le développement agricole peut-il réellement rimer avec dignité humaine et justice sociale pour tous les travailleurs, quelle que soit leur origine

